Vestiges oubliés, pierres silencieuses et mémoires locales
Durbuy est souvent admirée pour ses ruelles pavées, son château surplombant l’Ourthe ou encore son charme médiéval préservé. Mais au-delà des clichés de cartes postales, la ville regorge de témoins discrets de son histoire : pompes à eau, niches religieuses, sculptures abîmées, pierres de fondation ou objets liturgiques. Ce petit patrimoine, souvent ignoré des passants, nous relie pourtant intimement à la mémoire collective.
Un amateur d’histoire locale, François Bellin, passionné par ces détails oubliés, a sillonné la ville appareil photo en main. Voici le fruit de sa collecte : 34 éléments patrimoniaux, accompagnés de leurs légendes, replacés dans leur contexte.
Dans la vieille ville de Durbuy
1. Kiosque du Fond de Vedeur
Situé dans le jardin d’agrément de l’ancienne gendarmerie (Fond de Vedeur, 2), ce kiosque hexagonal perché sur un rocher est accessible par un escalier de 14 marches. Il est aujourd’hui dans un état préoccupant, au cœur d’une propriété abandonnée, près du bois.

2. Chapelle Notre-Dame del Cherra
Édifiée en 1790 par le curé Jean-Pierre Dehé, cette chapelle en moellons de grès et de calcaire est adossée à la roche surplombant l’Ourthe, en direction de Warre. Elle abritait autrefois une statue de la Vierge datant de 1750.

3. Monument aux morts des guerres 14–18 et 40–45
Déplacé en 2025 pour permettre la construction d’une brasserie, ce monument, conçu par Edouard Seret, se trouve désormais près de l’ancien Hôtel de Ville. Une plaque de bronze, retrouvée en 2010, y rend hommage aux combattants de la Grande Guerre.

4. Croix du Petit-Pont
Croix métallique surmontée d’un Christ en fonte peinte (XVIIIe siècle), plantée sur la rambarde du pont. La base en calcaire porte les dates des différents ponts successifs : 1725, 1909 et 1954.

5. Pierre de l’ancien support de la croix du Petit-Pont
Visible près du chœur de l’église Saint-Nicolas, cette pierre servit de base entre 1909 et 1940, jusqu’à la destruction du pont par dynamitage durant la guerre. Elle fut remplacée en 1954.

6. Pompe décorative (rue Comte d’Ursel, 1)
Ancienne pompe en fonte de la fin du XIXe siècle, aujourd’hui purement ornementale. Elle provient de la maison Magis et fut produite par la Compagnie générale de Liège.

Dans l’église Saint-Nicolas
7. Fonts baptismaux (1588)
Achevés sous l’époque où Durbuy dépendait encore de Tohogne, ces fonts furent transférés dans l’église actuelle en 1810. Le socle date de ce transfert, le couvercle en cuivre de 1851.

8. Chaire à prêcher
Probablement issue de l’ancienne église Saint-Nicolas, cette chaire baroque (XVIIe siècle) présente les Évangélistes et des figures allégoriques. Elle était autrefois polychrome.

9. Tableau peint sur bois de saint Nicolas (vers 1615)
Retable représentant le chevalier Nicolas de Blier et sa fille agenouillés devant saint Nicolas, qui bénit les trois enfants ressuscités. Provient de l’ancienne église paroissiale.

10. Christ en croix (XVIIIe siècle, école mosane)
Sculpté dans le bois, ce Christ fut déplacé de l’ancien cimetière à l’église. Il est désormais fixé au mur extérieur, mais exposé aux intempéries sans auvent protecteur.

Dans l’enceinte du château
11. Christ en bois
Anciennement placé contre la conciergerie du château, il est désormais protégé sous auvent dans la cour haute.

12. Complexe castral
Sur une butte rocheuse dominant l’Ourthe, les vestiges du château incluent une tourelle semi-circulaire peut-être médiévale, un puits, et des hauts murs de soubassement.

Autres éléments de la ville
13. Niche de l’ancien couvent des Récollets
Niche en pierre (60×40 cm) au-dessus d’une porte à perron, vestige du couvent.

14. Vestiges des remparts et de la tour Médart
Découverts en 2012 près du couvent des Récollets, ces vestiges ont été recouverts. Un muret circulaire marque aujourd’hui l’emplacement de la tour du XIVe siècle.

15. Murs de clôture et porte « postis »
À la rue des Récollectines (1–5), les murs suivent l’ancien tracé de l’Ourthe comblé en 1725. Une porte voûtée obstruée subsiste, avec clé de voûte sculptée de 1725.

16. Escalier des Béguines
Sentier grimpant depuis « Derrière les murs », composé d’environ 160 marches, reliant la ville au chemin de Barvaux.

17. Niche de la Sainte Famille (XVIe siècle)
Intégrée dans un mur de jardin (rue Alphonse Eloy, 12), cette niche sculptée est décorée de colonnettes, fronton végétal, et monogrammes du Christ et de Joseph.

18. Statues en bronze
Deux œuvres contemporaines visibles en ville : un homme assis (Angelo Monteforte) et un garçon lisant (Ursula Förster).

19. Porte d’origine rue de la Prévôté
Encadrement en anse de panier avec oculus, vestige d’une ancienne façade, visible à l’arrière du restaurant « La Canette ».

20. Taque en fonte (1715)
Située dans une ancienne maison des Récollectines, cette taque décorée des vertus théologales orne l’âtre d’une cheminée.

21. Pointe d’un clocheton (derrière la Halle aux Blés)
Vestige du clocher à quatre clochetons disparu en 1911, cette pointe est désormais scellée dans la chaussée.

22. Pompe monumentale (rue Comte Th. d’Ursel, 15)
Pompe en fonte de la fin du XIXe siècle, à décor végétal et mécanisme fonctionnel d’origine, placée sur une placette.

À la Halle aux Blés
23. Partie centrale d’une croix en pierre (1587)sel, 15)
Découverte lors des restaurations de 2006, cette croix est aujourd’hui visible en vitrine dans la Halle aux Blés. de Bomal à Marche-Durbuy dans l’édition de 1897.

Sculptures, croix, et mémoire populaire
24. Sculptures sous charpente
Un poinçon sculpté en forme de tête d’animal (crocodile ?) et quatre figures symboliques : la Folie, l’Homme sauvage, l’Homme civilisé et la Sagesse.

25. Entrée d’un puits (Place aux Foires)
Taque métallique marquée « Vieux puits XIXe », entourée de quatre pierres formant un cercle.

26. Le kiosque de la Ville
Édifice octogonal des années 1920–1930, restauré en 1992, accessible par un petit escalier.

À la Ferme au Chêne
27. Croix de la Ferme au Chêne
Crucifix monumental sur la façade d’une maison de 1569, ayant appartenu à des figures importantes de Durbuy.

28. Pierre armoriée martelée
Au-dessus d’une porte, ancienne pierre très abîmée portant la date de « 1600 ».

Croix, tombes et mémoire funéraire
29. La croix Malaise
Croix mémorielle sur le lieu d’une noyade tragique en 1720, avec croix jumelle au cimetière de Petithan.

30. Mur en pierres sèches (Chemin des Houblonnières)
Exemple de maçonnerie rustique ancienne.

Le vieux cimetière de Durbuy
31. Croix anciennes encastrées dans le mur
Croix funéraires des XVIIe et début XVIIIe siècles, maçonnées dans le mur d’enceinte. Parmi elles : Jean Stasquin, Jeanne Dodrimont, Jean Letecheur (1600), Nicolas Monet.

32. Tombe de Vital Liégeois
Mort à La Panne en 1918, monument érigé par la jeunesse durbuysienne.

33. Chapelle funéraire de la famille d’Ursel
Construite en 1909–1910, ornée d’un écu familial.

Le vieux cimetière de Durbuy
34. Mur en pierres sèches (rue de la Haie Himbe)
Mur de 25 mètres de long, 3 m de haut, partiellement recouvert de végétation

Conclusion
À travers ces 34 témoins modestes mais essentiels, c’est toute l’histoire quotidienne, religieuse, sociale et civile de Durbuy qui se raconte en filigrane. Chaque pierre, chaque niche ou croix porte la mémoire d’un lieu, d’un événement, d’un visage oublié.
Cette promenade à travers le petit patrimoine nous invite à ouvrir l’œil autrement lors de nos balades dans la ville.
Article écrit par François Bellin
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⌚: Le DHAM est ouvert tous les jours sauf le vendredi:
– d’avril à novembre, de 10h30 à 17h30 (dernière location à 16h)
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